Origine Zara : le parcours d’Amancio Ortega décrypté

En 1975, une petite boutique ouvre ses portes à La Corogne, en Espagne, sans publicité ni enseigne tapageuse. Quelques décennies plus tard, la même enseigne se retrouve à la tête d’un empire commercial dépassant les 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

L’écart entre la discrétion du fondateur et la visibilité mondiale de sa marque intrigue le secteur. Le modèle d’affaires adopté échappe aux règles traditionnelles du textile et impose un rythme inédit à la production, à la distribution et à la consommation de vêtements. Les stratégies déployées redéfinissent les rapports de force dans l’industrie, bousculant concurrents et partenaires.

De la Galice à la conquête mondiale : comment Zara a réinventé l’industrie de la mode

La Corogne, 1975. Les embruns atlantiques fouettent les galeries, tandis qu’une boutique Zara s’installe discrètement, loin des projecteurs et sans tapage publicitaire. Ici, pas de promesses clinquantes. L’ambition s’affirme autrement : maîtrise complète de la chaîne, du croquis jusqu’à la vitrine, et renouvellement effréné des collections. Chaque semaine, des nouveautés apparaissent en magasin, pensées, fabriquées et livrées à une vitesse inédite. La fast fashion vient de trouver son terrain de jeu, bientôt copiée par H&M, puis par Shein ou Temu.

L’expansion orchestrée par Inditex, la maison mère, démarre en Espagne et au Portugal avant de conquérir la planète. Porto, New York, Paris, Rotterdam… Zara s’affiche sur les grandes artères, mais garde un ancrage galicien solide : le siège, la prise de décision et le contrôle qualité restent à La Corogne. Aujourd’hui, l’enseigne aligne plus de 7 000 points de vente dans 96 pays, rallie 170 000 salariés et annonce 34,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2022.

Le groupe n’a cessé d’élargir son univers avec d’autres enseignes majeures. Voici quelques-unes des marques qui composent cette galaxie :

  • Pull & Bear
  • Massimo Dutti
  • Bershka
  • Stradivarius
  • Oysho
  • Zara Home

Du côté logistique, Inditex avance à pas de géant : entrepôts automatisés, flux tendus, Supply Chain 4.0… Le groupe ajuste sa production au rythme effréné des tendances, capable de renouveler ses rayons quasi instantanément. Cette réactivité impose la mode éphémère comme nouvelle norme. Mais la réussite a son revers : débats sur les conditions de travail, critique de l’empreinte écologique, accusations de copies, polémiques virales sur les réseaux sociaux.

Inditex affiche désormais ses ambitions : coton 100% durable d’ici 2030, neutralité carbone visée pour 2040. Pourtant, la cadence ne faiblit pas. La fast fashion s’accélère encore, la mode ne connaît plus de frontières.

Jeune homme en déplacement dans une usine de vêtements moderne

Amancio Ortega, architecte discret d’un empire et pionnier de la fast-fashion

Busdongo, 1936. Amancio Ortega naît loin de l’agitation urbaine. À treize ans, il quitte l’école. Direction La Corogne, où il commence comme coursier dans une mercerie. Les premiers pas dans le textile sont marqués par l’apprentissage sur le terrain : manipuler les étoffes, livrer les commandes, observer le fonctionnement d’un atelier. En 1963, il fonde Confecciones Goa : fabrication de peignoirs, organisation minutieuse, flair pour les besoins locaux. Douze ans plus tard, avec Rosalía Mera, il inaugure la première boutique Zara.

La méthode Ortega se distingue par une discrétion quasi absolue. Pas de prises de parole publiques, pas de spectacle. Il préfère le concret : visiter les ateliers, surveiller les chaînes de production, ajuster les process. L’intégration verticale n’est pas qu’un concept : Ortega l’incarne et l’impose, révolutionnant la façon de concevoir, fabriquer et distribuer les vêtements. Sous son impulsion, Inditex devient le géant mondial de la fast fashion.

Sa fortune, estimée entre 73 et 123 milliards de dollars, s’appuie sur sa position d’actionnaire principal d’Inditex à la bourse de Madrid. Il investit aussi avec Pontegadea dans l’immobilier et la logistique. Mais Ortega reste enraciné en Galice, préservant sa vie privée et soutenant la région via la fondation Amancio Ortega : santé, éducation, environnement, les projets s’enchaînent loin des projecteurs.

Depuis 2022, sa fille Marta Ortega a pris la présidence du groupe. La transmission s’opère sans bruit, fidèle au style familial. Ortega continue d’influencer la cadence du secteur textile et du marché mondial de l’habillement, insaisissable et silencieux, mais toujours aux commandes. La saga Zara, elle, poursuit sa course, refusant de ralentir.

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